Vous venez du pays qui a légiféré le premier
La France a ouvert la voie : la loi de 2016 contre le gaspillage alimentaire a été la première du genre, et depuis 2021 les restaurants y sont tenus de fournir un contenant au client qui le demande. Vous arrivez donc avec l’obligation déjà intégrée, ce qui n’est le cas de presque aucun autre exploitant étranger installé ici.
Ce qui change, ce sont les seuils et les détails, pas le principe. L’Espagne a légiféré en 2025 avec la Ley 1/2025, et ses critères ne sont pas ceux que vous connaissez : le plan de prévention se déclenche à la surface du local, pas à l’effectif ni au chiffre d’affaires.
Ce que c’est et qui est concerné
C’est la Ley 1/2025 du 1er avril, sur la prévention des pertes et du gaspillage alimentaires, publiée le 2 avril 2025. Elle couvre toute la chaîne, ce qui inclut quiconque sert à manger : bars, restaurants, cafés, vente à emporter, hôtels avec restauration, traiteurs et cantines.
Elle ne distingue par la taille que pour la paperasse. Les obligations en salle — laisser emporter, le contenant, l’information — sont les mêmes pour un bar de comptoir que pour une chaîne. Le plan de prévention écrit, lui, comporte une exemption de surface qui écarte presque tout le métier.
L’obligation qu’on voit le plus en salle
L’article 8 oblige les établissements à permettre au consommateur d’emporter ce qu’il n’a pas mangé. Et il le dit avec deux conditions littérales qu’il vaut la peine de lire lentement : sans coût supplémentaire, et dans des contenants aptes au contact alimentaire, réutilisables ou facilement recyclables.
Donc : vous ne pouvez pas facturer le contenant. Ni comme emballage, ni comme prestation, ni en arrondissant l’addition. Et il doit être réutilisable ou facilement recyclable, ce qui écarte le plastique à usage unique habituel.
Il existe une exception, dans la même phrase : « sans coût supplémentaire autre que, le cas échéant, celui mentionné au paragraphe suivant ». Ce paragraphe renvoie au titre V de la Ley 7/2022, qui impose de facturer les contenants en plastique à usage unique. Le bon contenant ne se facture donc pas, et celui dont la loi vous éloigne doit l’être.
- Cela vise les plats servis que le client n’a pas mangés.
- Le contenant correct ne se facture pas. Le plastique à usage unique, si : la Ley 7/2022 impose de le facturer à part.
- Le contenant doit être apte au contact alimentaire et réutilisable ou facilement recyclable.
- Les buffets et formules à volonté font exception.
Le plan de prévention : qui il oblige vraiment
L’article 6.4.a) impose de détenir un plan de prévention, et cela a été relayé comme s’il touchait chaque bar. Ce n’est pas le cas, et l’exception figure dans le même article, trois lignes plus bas.
L’article 6.4.c) exempte de tout ce paragraphe quatre les activités de restauration exercées dans des locaux de 1 300 m² ou moins. Mille trois cents mètres, c’est un établissement immense : en pratique, la grande majorité des bars et restaurants d’Espagne n’a pas besoin de plan au titre de cette loi.
Deux réserves avant de se détendre. La première ferme la porte au découpage : quelle que soit la surface, des locaux exploités sous le même numéro fiscal et dépassant ensemble 1 300 m² sont concernés. La seconde joue en votre faveur : l’article 6.6 exclut aussi les microentreprises — moins de dix personnes et jusqu’à deux millions de chiffre — de tout l’article 6.
Et un avertissement qui n’est pas mineur : ceci est la loi nationale. Plusieurs communautés autonomes ont leur propre règle avec d’autres critères. En Catalogne, par exemple, le critère n’est pas la surface mais l’effectif.
- Jusqu’à 1 300 m² de local : la loi nationale ne vous impose pas de plan.
- Plusieurs établissements sous le même numéro fiscal : les surfaces s’additionnent.
- Microentreprise — moins de 10 personnes et jusqu’à 2 M€ — exclue de tout l’article 6.
- Vérifiez si votre communauté autonome a sa propre règle : elle peut vous obliger quand même.
- Ce qui ne dépend pas de la taille, c’est l’article 8, celui de la salle.
PRÉVENIR Comment vous ajustez les achats aux couverts prévus
Comment vous suivez les DLC et la rotation
Ce que vous faites des portions non vendues
DONNER À qui vous donnez le surplus consommable
Sous quel accord, même informel
VALORISER Ce qui part en alimentation animale le cas échéant
Ce qui part au compost ou au prestataire
MESURER Comment vous notez ce qui est jeté et à quelle fréquence vous le revoyezLa hiérarchie : on ne peut pas simplement jeter
L’article 5 fixe un ordre de priorités à respecter. D’abord la prévention, par des achats et une production raisonnés. Puis le don pour la consommation humaine. Puis l’alimentation animale. Puis d’autres usages industriels comme sous-produit. Et seulement à la fin le recyclage, le compostage ou la valorisation énergétique.
Ce qui compte pour un restaurant, c’est qu’on ne peut pas sauter les premiers barreaux : si le surplus est propre à la consommation humaine, la loi attend que vous tentiez de le donner avant qu’il ne finisse à la poubelle.
Ce qui fait aussi économiser
Cela se dit parce que la paperasse le fait oublier : le déchet que la loi vous fait éviter est de la matière que vous avez déjà payée. Un établissement qui jette dix pour cent de ce qu’il achète offre dix pour cent de son coût matière.
C’est pourquoi un plan de prévention rapporte davantage quand il s’appuie sur des données réelles de ce qui se vend et de ce qui reste, plutôt que sur une estimation de mémoire.
Questions fréquentes
C’est comme la loi française anti-gaspillage ?
Le principe oui, les seuils non. La France a légiféré la première, et l’obligation de fournir un contenant y existe depuis 2021 : vous arrivez donc avec le bon réflexe. Ce qui change ici, c’est que le plan de prévention se déclenche à la surface du local — 1 300 m² — et non à l’effectif, et que certaines communautés autonomes ont leur propre critère.
Puis-je facturer le contenant pour emporter les restes ?
Pas s’il s’agit d’un contenant correct au sens de la loi : réutilisable ou facilement recyclable. Le facturer comme emballage, comme service ou en l’ajoutant autrement à l’addition ne marche pas. La seule exception que l’article 8 admet est le contenant en plastique à usage unique, que la Ley 7/2022 impose de facturer à part.
Mon bar a-t-il besoin d’un plan de prévention ?
Au titre de la loi nationale, très probablement non : l’article 6.4.c) exempte la restauration dans des locaux de 1 300 m² ou moins. Vous êtes concerné si vous atteignez cette surface en cumulant des établissements sous le même numéro fiscal, et il vaut la peine de vérifier si votre communauté autonome a sa propre règle.
Cela s’applique-t-il aux buffets ?
L’obligation de laisser emporter comporte des exceptions pour les formules à volonté comme les buffets. Le reste de la loi — plan et hiérarchie — s’applique pareil.
Où dépose-t-on le plan de prévention ?
Nulle part. Ce n’est pas un formulaire : c’est un document que vous devez détenir et pouvoir produire sur demande. Ce qui compte est donc qu’il existe et soit à jour, pas son format.
Depuis quand s’applique-t-elle ?
La loi a été publiée le 2 avril 2025. Sa vingtième disposition finale reporte d’un an les mesures de l’article 6, exigibles donc à partir du 2 avril 2026. L’article 8 ne porte pas ce report.