Une obligation générale que la France ne connaît pas sous cette forme
En France, le décompte de la durée du travail existe surtout pour les salariés dont l’horaire n’est pas collectif : il n’y a pas de devoir général de consigner chaque jour, pour chaque salarié, une heure de début et une heure de fin.
En Espagne, si. Ce n’est donc pas une version plus stricte de ce que vous connaissez : c’est une obligation nouvelle, qui s’applique à toute l’équipe et tous les jours travaillés, sans seuil d’heures ni de durée de contrat.
Ce qui est obligatoire, et depuis 2019
Depuis mai 2019, toute entreprise doit enregistrer le temps de travail quotidien de chaque salarié, avec une heure de début et une heure de fin. Le Real Decreto-ley 8/2019 l’a introduit en modifiant le Statut des travailleurs, et cela s’applique à la restauration comme à tout autre secteur.
La règle ne dit pas comment. Un cahier signé, un tableur ou une application conviennent également, tant que l’enregistrement est quotidien, individuel, sincère et à disposition de l’inspection du travail.
- Quotidien : chaque jour travaillé, pas un récapitulatif hebdomadaire.
- Individuel : par salarié, pas par service ni par établissement.
- Avec une heure de début et une heure de fin de journée.
- Conservé quatre ans et accessible à l’inspection.
- À disposition des salariés et de leurs représentants aussi.
Ce qui n’est PAS encore obligatoire, quoi que vous lisiez
Un règlement est en cours qui exigerait un enregistrement numérique, interopérable et consultable à distance par l’inspection. Il a été largement commenté comme s’il était déjà en vigueur. Il ne l’est pas.
À la date de cet article, ce real decreto n’est pas publié. Il est reparti en révision après l’avis du Conseil d’État en mars 2026 et son avancement a été reporté. S’il était approuvé, il entrerait en vigueur vingt jours après publication, et une période d’adaptation pour les petites entreprises a été évoquée.
Conséquence pratique : si votre registre papier respecte les exigences de 2019, vous êtes conforme aujourd’hui. Ce qu’il vaut mieux éviter, c’est d’acheter dans l’urgence à cause d’une date qui n’existe pas encore.
Pourquoi c’est plus dur en restauration qu’au bureau
Le suivi du temps a été pensé pour des horaires continus et des postes fixes. Un restaurant fonctionne à l’inverse : coupures, extras qui viennent deux heures, personnes qui tournent entre établissements d’un même groupe, et fort renouvellement.
D’où des échecs qui ne relèvent pas de la mauvaise foi mais de l’exploitation : le registre se remplit de mémoire en fin de semaine, ou l’on note l’horaire du planning au lieu de l’horaire réel.
- Noter l’horaire prévu au lieu des heures réellement faites.
- Remplir plusieurs jours d’un coup en fin de semaine.
- Ne pas enregistrer les heures supplémentaires ni le dépassement de fermeture.
- Oublier les extras et les renforts du week-end.
- Ne pas conserver les registres des personnes parties.
La pause et la coupure
Ce qui doit être enregistré, c’est le temps de travail effectif. Si votre convention ou votre contrat prévoit des pauses non rémunérées, le registre doit permettre de les séparer : si vous ne notez qu’un début et une fin sur une journée coupée, le total ressort gonflé.
Sur une coupure, la façon propre est d’enregistrer les deux tronçons séparément. C’est plus de travail et cela désamorce la discussion qui surgit quand quelqu’un réclame des heures.
Ce qu’il faut regarder avant d’acheter un système
Si vous en installez un, quatre questions évitent des ennuis. Et si vous en avez déjà un qui fonctionne sur papier, la première question est de savoir s’il faut vraiment en changer maintenant.
- Conserve-t-il quatre ans et me laisse-t-il exporter si je change de fournisseur ?
- Un salarié peut-il consulter son propre registre ?
- Permet-il de séparer des tronçons dans la même journée, pour les coupures ?
- Que se passe-t-il si quelqu’un oublie de pointer : est-ce corrigeable, et la correction laisse-t-elle une trace ?
Questions fréquentes
Le registre doit-il être numérique ?
Pas aujourd’hui. Ce qui est obligatoire depuis 2019, c’est d’enregistrer le temps de travail ; la règle n’impose pas le support. Le règlement qui exigerait un registre numérique reste non publié.
Une feuille papier signée compte-t-elle ?
Oui, à condition qu’elle soit quotidienne, individuelle, qu’elle reflète des heures de début et de fin réelles, qu’elle soit conservée quatre ans et disponible pour l’inspection et pour les salariés.
Combien de temps faut-il conserver les registres ?
Quatre ans, y compris ceux des personnes qui ne travaillent plus chez vous. C’est l’un des oublis les plus fréquents dans les établissements à fort renouvellement.
Dois-je enregistrer les extras du week-end ?
Oui. L’obligation est par salarié et par jour travaillé, sans nombre d’heures minimal ni durée de contrat minimale.
Ordeli fait-il office de système de suivi du temps ?
Il enregistre ce que la règle demande : un service individuel, avec une heure de début et de fin, ouvert et fermé par le salarié lui-même. Deux réserves par rapport à la liste ci-dessus : aujourd’hui l’historique se consulte côté administration et responsable, et la clôture de caisse ferme les services restés ouverts.
Et si la règle change en septembre ?
Si le règlement est approuvé, il entrerait en vigueur vingt jours après sa publication, et une période d’adaptation pour les petites entreprises a été évoquée. Nous réviserons cet article le moment venu.